Traduction de mon article paru dans Photo Magazine en juillet/aout 2009 :

Cliquez sur les images pour agrandirVisions des déserts AndinsPar Laurent GuerinaudDans les hauteurs do Chili et de la Bolivie, un paradis pour ceux qui aime photographierLe désert d’Atacama, au Chili, est considéré comme le plus sec du monde : il n’y a pas plu depuis plus de 500 ans ! Le Salar do Uyuni, qui fait partie du Désert du Lipez, en Bolivie, est la plus grande surface salée du monde, avec une superficie de plus de 10.000 km². Ce sont des régions inhospitalières qui offrent des perspectives uniques et inoubliables. Leur altitude varie de 2.000 à près de 7.000 mètres. Ces espaces, avec la variété de leurs paysages, sont le paradis pour ceux qui aiment photographier.
Les plus grande difficultés que j’ai connues durant le voyage que j’ai fait en septembre 2008 sont liées à l’altitude et aux températures. Les matinées sont froide, aux environs de -15°C et les après-midi atteignent 30°C. Sans compter le vent, qui peut être fort et froid dans certaines zones. Par conséquent, j’ai dû emporter un grand nombre de vêtements, des plus chauds (et volumineux) aux plus légers, en quantité suffisante pour la durée du voyage, sachant que je ne pourrais pas les laver. Je transportais aussi mon sac de couchage, des produits d’hygiène et des cartes. Le sac à dos étant déjà bien chargé, j’ai dû limiter le volume de mon matériel photographique. J’ai donc acheté une petite sacoche dans laquelle tient tout juste mon appareil reflex avec son objectif. J’ai choisi un 16-80mm Carl Zeiss pour accompagner mon A100*. Je savais que les focales plus longues allaient me manquer, mais la qualité exceptionnelle de cet objectif et les 10 megapixels de l’appareil me permettraient de recadrer en cas de nécessité. J’ai aussi pris 3 cartes mémoire de 40GO chacune, une batterie de rechange et un chargeur. J’ai également emporté un petit appareil compact. Finalement, j’ai bien fait : avec les variations climatiques, le vent et la poussière, les changements d’objectif auraient été assez risqués…
Il est important de penser aux difficultés qui peuvent se présenter quand on fait un voyage comme celui-ci. L’altitude provoque des migraines, nausées, fatigue… Le manque d’oxygène rend chaque effort plus difficile et fatiguant. Les habitants utilisent des feuilles de coca pour luter contre le mal d’altitude. Ils les boivent sous forme de thé ou mâchent les feuilles. Non seulement, le thé est bon, mais sa consommation régulière est aussi excellente pour la santé, d’après les études qui ont été faites. Ne passez donc pas à côté !
Pour m’habituer à l’altitude, j’ai commencé par explorer le Désert d’Atacama, en me logeant avec mon épouse à San Pedro de Atacama, qui se situe à ‘‘à peine’’ 2.400 mètres. J’y suis resté quatre jours, partant en expédition dans les hauteurs (jusqu’à 5.000 mètres) la journée, et revenant le soir. Ainsi, j’ai pu évoluer entre 2.400 et 5.000 mètres sans rester aux altitudes les plus élevées plus de cinq heures d’affilée, ce qui m’a permis de m’accoutumer sans difficulté.
Dès l’arrivée, sur la route entre l’aéroport de Calama et la ville de San Pedro, j’ai été émerveillé par la beauté de cette région aride, de terre grise entre les volcans ; et j’ai assisté, bouche bée, au couché de soleil local pour la première fois. C’est extraordinaire et particulièrement émouvant : le ciel prend des couleurs incroyables, allant du violet au rose presque fluorescent, en passant par tous les tons de turquoise. Tout au long des excursions, j’ai été impressionné par la quantité de paysages différents offerts par le désert. Tous, sans exception, sont merveilleux : les étranges formations du Salar de Atacama, avec leurs lacs pleins de flamants roses ; le secteur des lagunas Miñiques et Miscanti, avec ses couleurs saturées, sa végétation sèche, ses lacs bleus et ses vigognes ; les dunes de sable et formations rocheuses des Valles de la Muerte et de la Luna ; les murs de sel de la Cordillera de la Sal , la fumée des geysers de Tatio, ses ‘‘lapins verts’’ (viscaches) et ses piscines thermales ; le canyon de la Valle de Jere, qui forme un oasis de végétation au milieu du désert de sable ; les cactus géants de la Quebrada de Guatín ; les villages typiques et la charmante ville de San Pedro…
Après m’être habitué à l’altitude, enregistrant en images ces moments magiques dans le désert d’Atacama, j’ai embarqué pour le Désert du Lipez, en Bolivie. Mon épouse et moi avons traversé le désert en 4x4, avec 4 autres personnes et un guide. Nous avons été hébergés par des familles et avons passé une nuit dans un hôtel de sel.
De nouveau, j’ai traversé de superbes paysages très variés et encore plus grandioses que ceux du Chili. J’ai dû faire preuve de créativité pour restituer en images l’immensité des panoramas rencontrés. J’ai commencé par les Lagunas Blanca, Verde et Colorada, remplies de flamants roses ; et par le Désert de Dali, dont les montagnes et volcans se parent de couleurs très variées, du blanc au noir en passant par toutes les nuances de jaune, marron et violet. J’ai assisté au fascinant spectacle des geysers, très différents de ceux de Tatio ; je suis entré dans les impressionnantes forêts de pierres, ai visité les villages typiques et leurs habitants très avenants et ouverts, et finalement, je suis arrivé au fameux Salar de Uyuni. Cette surface blanche à perte de vue est tout simplement incroyable ! Au milieu du Salar, je suis entré sur une ‘‘île’’ entourée de sel blanc, appelée Isla del Pescador, où vivent des cactus géants atteignant douze mètres de haut. Finalement, je suis arrivé à Uyuni et son cimetière de trains avec 12GO de photos.
J’ai pris la totalité des photos de cet article avec mon A100*, utilisant le compact pour les photos plus personnelles, comme celles des lieux où j’ai dormi, des restaurants, des amis que j’ai rencontrés… Ceci m’a permis d’économiser un peu d’espace sur les cartes mémoire du réflex pour enregistrer les photos au format RAW, en qualité maximum pour les impressions en grand format destinées aux expositions ou tirages d’art. Malgré le froid, je n’ai eu aucun problème de batterie, même quand il n’y avait pas d’électricité pendant plusieurs jours consécutifs, pour les recharger la nuit.
Techniquement, photographier les déserts ne présente pas de difficultés particulières. Les couleurs naturellement saturées, ainsi que le ciel très bleu, donnent des photos magnifiques. Il m’a suffit d’assombrir un peu l’exposition (de -0,3 à -0,7 IL) pour tenir compte de la lumière très forte, et d’ajuter la balance des blancs en visant une surface blanche à chaque changement de type de luminosité, autrement dit, au lever du jour, en pleine journée, et au coucher du soleil.
Le réglage de la balance des couleurs a été plus compliqué à faire quand j’ai été photographier les geysers, car la lumière naturelle avait une tonalité bleutée que je n’arrivais pas à restituer sur le moment. Mais heureusement, le format RAW dans lequel je prends mes photos permet de réaliser ces ajustements après, sur l’ordinateur, sans perte de qualité.
A vrai dire, je retouche très peu mes images : 70% sont directement converties en JPG et les retouches que je fais sur les autres sont des recadrages. Parfois, j’ajuste aussi la balance des couleurs ou la luminosité. Pour cela, j’utilise le logiciel Sony fourni avec mon appareil, et PhotoFiltre Studio, qui est bien plus simple d’utilisation que PhotoShop. En général, je sais déjà, quand je prends la photo, quels sont les ajustements ou recadrages que je ferai par la suite.
La plupart du temps, j’utilise le mode A de mon appareil (priorité ouverture), et je règle l’ouverture en fonction de la profondeur de champ que je souhaite obtenir. Pour isoler un sujet, avec une profondeur de champ réduite, j’ouvre au maximum, fermant simplement d’un ou deux diaphragmes car les résultats des objectifs sont toujours moins bons à pleine ouverture. Etant donné que j’ai principalement photographié des paysages, j’ai surtout utilisé des ouvertures entre f/11 et f/20 pour que tous les plans soient nets. Sachant qu’à partir de f/11, la netteté est moins bonne à cause de la diffraction, à mesure que le profondeur de champ augmente, j’ai dû à chaque fois choisir le meilleur équilibre selon le résultat que je voulais obtenir.
Au-delà de ces considérations techniques, le plus important a toujours été la composition des images. A moins d’imprimer dans des formats supérieurs au A4, n’importe quelle appareil, avec n’importe quels paramètres, donne des résultats équivalents après retouche. C’est donc avant tout le cadrage que choisit le photographe qui fait la différence.
Fin de l’article, non publiée :Dans le désert, j’ai toujours dû chercher les meilleurs emplacements pour prendre mes photos, pour intégrer des successions de plans qui puissent valoriser les dimensions des paysages, des objets, animaux ou personnes qui guident le regard ou donnent un sens de lecture aux images, en plus de donner à l’observateur une échelle permettant d’estimer l’immensité des espaces… Ces habitudes de composition deviennent des automatismes avec l’expérience, tout comme le fait de ne jamais centrer son sujet : vous pouvez consulter ces conseils sur mon blog…
Aujourd’hui, je suis à la recherche de partenaires pour monter une exposition au Brésil, afin de montrer la beauté de ces régions. J’envisage aussi la publication d’un livre. Ce voyage m’a donné envie de découvrir et photographier d’autres régions d’Amérique Latine et j’ai déjà monté d’autres projets dans le Mato Grosso do Sul (Pantanal et Bonito), dans le Nordeste et sur le littoral entre São Paulo et Rio. Actuellement, je cherche des sponsors pour partir photographier la Patagonie Argentine, les Lacs du Maranhão et d’autres lieux merveilleux de ce continent. Enfin, tous ces projets ne seraient pas possibles sans la participation de mon épouse, qui s’est chargée de l’organisation de ce voyage, et qui a été la compagne parfaite en toutes occasions.
Biographie qui accompagne l’article :
Laurent Guerinaud, français de la région Île de France, 29 ans, vit à São Paulo depuis 2007. Formé en management, il a déjà travaillé pour de grandes entreprises comme 3M, Peugeot, Renault, Citroën et Seat. Il a décidé de se consacrer à la photographie en lisant des revues spécialisées, comme Chasseur d’Images. Ses photos ont déjà été primées au Brésil et en France. Fasciné par la vitesse, il a participé à des championnats de course automobile et a été double-champion de karting en 1992 et 1993 dans son pays. Il ne cache pas son envie de revenir à la compétition, mais actuellement, il s’investit pleinement dans sa carrière de photographe et dans la promotion de son portfolio. Après avoir exposé ses œuvres au Sofitel de São Paulo, l’artiste prétend participer activement à l’année de la France au Brésil, commémorée cette année.